J'ai adoré cette expo du Centre Pompidou qui se termine le 17/10/2005.
Je remet ici le résumé de l'expo avec mes commentaires :
L'exposition D.DAY, le design aujourd'hui, souligne la vitalité du design aujourd'hui qui a investi de vastes champs d'application. D.DAY aborde des sujets aussi variés que l'action humanitaire, le développement durable, l'éco-conception, la communication, la consommation, les biotechnologies, les technologies numériques, le bien-être et l'épanouissement personnel.
L'exposition rassemble de nombreux projets, pour la plupart inédits, conçus par des designers de plus de quinze nationalités différentes. Le parcours est articulé sur 1200 m2 en trois actes : les engagements politiques et les scénarios critiques, les expériences des sens et des saveurs, enfin les imaginaires technologiques et les mutations contemporaines.
Sur le terrain
Sensibles aux problèmes liés à l'environnement et aux inégalités
économiques et sociales, les designers aujourd'hui affrontent les
terrains d'opération les plus divers. Les organisations
non-gouvernementales (ONG) et des structures associatives développent,
en étroite concertation avec les acteurs locaux, de nouvelles démarches
de design, concernant :
- l'eau (distillateur d'eau Watercone par Stephan Augustin). Il produit de l'eau potable à partir d'eau de mer, grâce à l'énergie solaire par évaporation puis condensation. Il a la forme d'une cloche en plastique de 70 cm de large, l'eau est récupérée par une gouttière circulaire, il peut produire plusieurs litres d'eau en quelques heures. Il a été testé en pilote dans un village de pêcheurs au Yemen. Produit par des allemands, je le trouve cher (50$).
- l'énergie solaire (cuiseurs solaires CooKits et SK14). Dans 10 ans, il n'y aura plus de bois au Malawi. Consciente de ça, l'AFIMA (Association des Femmes Ingénieurs du Mali) fabrique des cuiseurs solaires en carton recouvers d'une feuille d'aluminium. Elles apprennent aux populations à s'en servir. Le plat est enfermé dans un sac en plastique pour favoriser la concentration de la chaleur, il faut 3 heures pour la cuisson, mais le résultat est probant.
- les radios Lifeline de la Fondation Freeplay. Ces radios sont fabriquées à peu de frais avec des matériaux recyclables et distribuées ensuite aux populations défavorisées pour de la diffusion d'infos de type solidaires et prophylactiques.
- la récupération des déjections humaines et animales (Superflex). Cette grosse bonbonne à installer près de la maison permet de fabriquer du biogaz pouvant satisfaire aux besoins d'une famille de 8 à 10 personnes et a été testée avec succès en Afrique.
Enjeux politiques
Les designers ne sont pas indifférents à la question de la
mondialisation, et investissent le champ politique et social, en
inventant de nouveaux modèles d'engagement. En concevant par exemple
:
- une structure de soins médicaux (Dispensaire nomade par Gaston Tolila et Nicholas Gilliland). Ce projet n'a pas vu le jour mais le concept est intéressant car respectueux du bien être et de la culture des populations à qui il est destiné (appropriation par la décoration et l'adaptation à l'architecture locale).
- en aménageant un logement social (Kit of Parts, New York ; par Lifeform). Récupération de matéraux venant de l'industrie, ces logements sont sommaires mais fonctionnels.
- en simplifiant l'accès au vote (association Design for Democracy ; Etats-Unis). J'appellerais ça des "kits" de vote, sorte de petits isoloirs nomades et recyclables.
- en élaborant des ustensiles quotidiens utilisables par tous, dessinant ainsi un design universel. A l'expo ils parlent de "design durable". Faut p'têt pas non plus trop en faire.
Développement durable
Le développement durable préoccupe les designers et les entreprises.
Lafuma, par exemple, s'engage dans l'éco-conception (chaise Sablier
conçue pour l'exposition), et Map3 a conçu un pylône de communication
respectant les critères de Haute Qualité Environnementale (HQE). Le pylône est en acier galvanisé (pour la partie centrale seulement) et en mélèze, mais la structure est superbe et particulièrement étudiée d'un point de vue résistance des matériaux (la bête fait tout de même 50m de haut... enfin en vrai, pas à l'expo)...
Le plus fascinant et enthousiasmant de cette partie de l'expo sur le DD concerne l'installation de Ezio Manzini et François Jégou. C'est un mur d'images et de vidéos piloté par un Mac qui invente 18 scénarios possibles de coopération sociale locale. Il s'agit en fait de la présentation du
Sustainable Everyday Project qui est "une plateforme de connaissances et d'actions pour les communautés
créatives et les citoyens innovants. Elle propose un catalogue de cas
prometteurs, un laboratoire de scénarios en construction et un
programme d'expositions itinérantes pour stimuler la conversation
sociale vers un futur plus durable". Des exemples de services innovants en matière de services aux personnes, amélioration et sauvegarde de l'environnement, maîtrise et contrôle de l'énergie, sont donnés. Il y a parfois un petit côté "village playmobil" ou "meilleur des mondes", mais c'est extrêmement prometteur et positif, en terme de valeurs liées aux réseaux sociaux. J'en reparlerai, ça mérite une note exclusivement consacrée à ce sujet.
Sens
Dans cet espace, le visiteur fait l'objet de sollicitations tant
sonores qu'optiques, chromatiques, olfactives, tactiles et gustatives.
Les designers contemporains réfléchissent davantage au sensible comme Ferran Adrià et Luki Huber qui s'intéressent aux mutations alimentaires
en inventant de nouvelles textures et sensations gustatives, ou sonore
comme Andrea Bergala. Gwenaël Nicolas présente quatre mobiles
constitués de flacons de parfums, qui génèrent des impressions
olfactives. Avec Light objects, Carlotta de Bevilacqua transcrit les
émotions du visiteur grâce à un espace lumineux et coloré. Arik Levy
étudie les relations que nous entretenons avec la lumière et Andrea
Bergala avec le son.
Un reportage de 45' est diffusé. Il est passionnant : on y découvre le métier de "designeur acoustique", qui invente et conceptualise un son idéal dans le bruit émis par le moteur d'une voiture ou le claquement de ses portières, une bouteille d'eau minérale (bruit "sec") ou une bouteille de sirop (bruit "gras"), les trois bruits inventés pour les valideurs Navigo de la RATP : le bruit "oui", le bruit "non", le bruit "oui, mais"... Etonnant et fascinant.
Bref, c'est très riche, très varié, je ne peux pas tout citer, mais j'ai été marqué aussi par le "design culinaire", la synthèse olfactive par ordinateur piloté via Internet, les expériences sensorielles diverses...
Pour s'ouvrir l'esprit, à voir, vraiment.








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