J'étais lundi au colloque Energie et climat : aurons-nous le temps ? organisé par la Mairie de Paris et la Société Française de Physique, dans le cadre de l’Année Mondiale de la Physique.
"Quelles sont les échelles de temps en jeu dans la question énergie-climat ? 30 ans ? 50 ans ? 100 ans ? 1 000 ans ? Qu’est-ce qui est déjà joué ? Qu’est-ce qui est réversible ? De la science à la décision politique, que faire quand tout est imbriqué ?"
Je ne vais pas faire un compte rendu de ce colloque et de la table ronde qui a suivi, mais livrer en vrac les points qui m'ont marqué, et l'impression générale que j'ai eu en sortant de cette journée, qui suscite de nombreuses et profondes réflexions.
Patrick Criqui (UPMF, Grenoble) : P.Criqui est un économiste de la production d'énergie, du département Energie et Politiques de l'Environnement du CNRS. Son intervention portait sur la nécessité des politiques climatiques (politiques d'émissions négociables), leurs origines et les enjeux associés. Ces politiques portent sur des portefeuilles technologiques, comme entre autres les problématiques liées à l'excès d'émission des gaz à effet de serre, le stockage du CO2, la maîtrise de la demande en énergie et les technologies TBE (très basses émissions), les énergies renouvelables, les flux d'échanges planète-atmosphère, l'exploitation des biomasses. Le point marquant est que les contraintes conduisant aux risques d'épuisement rapide des réserves de pétrole et à l'augmentation du prix du baril vont conduire à un recours massif à l'utilisation du charbon, dont les réserves sont beaucoup plus importantes que l'or noir. La Chine, notamment, qui est de plus en plus consommatrice d'énergie, possède 3 siècles de réserves de charbon. N'oublions pas l'Inde, qui prend le même chemin, dans un contexte certes différent de celui de la Chine... Les dirigeants chinois sont conscients de la pollution occasionnée par cette dynamique de consommation, mais sont sur le fil du rasoir pour piloter simultanément maîtrise de la consommation et volonté de développement économique...
Alexandre Rojey (IFP) : a parlé des enjeux industriels liés au changement climatique. Les éléments à prendre en compte sont les systèmes de production, de conversion et de consommation de l'énergie. Les enjeux portent sur le charbon, le pétrole (65% des sources), le gaz naturel, le nucléaire et les sources d'énergie renouvelables. On peut schématiquement dire que les émissions de CO2 sont dues à 39% par la production d'énergie, à 22% par les transports, 20% par l'industrie et 19% d'origine "naturelle". On voit ainsi bien où l'action doit résider. Au delà des solutions basées sur la maîtrise énergétique, une solution consiste à procéder au stockage géologique du CO2. Il faut capturer puis compresser le CO2, et le stocker sous terre. Le coût de traitement d'une tonne de CO2 varie entre 50 et 100€. Trois possibilités :
- les gisements d'hydrocarbure déplétés (vides)
- les aquifères salins (nappes phréatiques profondes, non exploitables)
- les gisements de charbon non exploités
Benjamin Dessus (Président de Global Chance) : B.Dessus est ingénieur et économiste. Son point de vue est assez tranché : il part du principe que toutes les solutions techniques évoquées à ce jour en termes de solutions alternatives pour la production d'énergie à partir de sources renouvelables, sont des utopies technologiques. Il ne nie pas l'efficacité de ces solutions, mais souligne leur rentabilité insuffisante ne permettant pas de résoudre le problème de la surconsommation d'énergie, dans un temps compatible avec les menaces actuelles. Il pousse même le raisonnement jusqu'à dire que l'aide publique aux pays pauvres du Sud est un moyen pour les pays riches du Nord de développer leurs technologies... Pour lui, la maîtrise de l'énergie ne passe pas nécessairement par des solutions techniques mais par l'organisation des structures sociales. J'y reviendrai plus loin.
Yves Cochet (député Vert de Paris) : Le postulat d'Y.Cochet, c'est l'inéluctabilité de la hausse du prix des hydrocarbures, liée à des facteurs géologiques, économiques et géopolitiques, qui n'ont pas les origines "mécaniques" ou volontaristes de l'OPEP pour les chocs pétroliers de 1973 et 1979. Pour lui, c'est l'entrée dans l'ère de l'énergie chère, fin du monde tel que nous le connaissons. "Les sociétés de sobriété sont le seul espoir de maintenir nos valeurs humaines et d'offrir un monde vivable à nos enfants".
Jean-Marc Jancovici (ingénieur conseil) : JM.Jancovici est brillant, fascinant, passionnant, provocateur, dérangeant. Vu les réactions de l'assistance, on aime ou on n'aime pas. Pour ma part les personnes qui suscitent la réflexion avec une argumentation plus que construite, ne me laissent pas indifférent. Quand on sait qu'il est polytechnicien, on comprend ainsi que rien n'est laissé au hasard. Il suffit de s'attarder sur son site pour s'en convaincre définitivement. C'est aussi passionnant et foisonnant que lui. C'est un expert en climatologie, notamment. Je ne reviendrai pas sur son exposé concernant les modèles climatologiques, ni sur la façon dont il arrive à des propositions du type :
- Il n'y aura pas de baisse de la consommation d'énergie tant qu'il n'y aura pas une augmentation des prix de l'énergie...
- les habitants de la planète ayant des revenus inférieurs au SMIC ne peuvent vivre normalement. Ils disparaîtront.
- Il faut 120 millions de Joule pour "fabriquer" un boeuf. Un boeuf représente une valeur énergétique de 16 millions de Joule. Continuer à manger de la viande perturbe fatalement l'équilibre énergétique globale.
- Dans les pays de l'OCDE on remarque que l'augmentation du PIB par tête est directement lié à l'augmentation des prélèvements obligatoires. Cela illustre le fait que la fiscalité n'est pas une confiscation, mais une redistribution.
- Le charbon n'est pas une alternative au pétrole. Il faut le laisser sous terre. La solution de la baisse de la consommation ne peut résider que dans une fiscalisation forte de l'énergie, pour faire un transfert vers l'économie, et non le charbon.
Décoiffant, non ?
Je vous livre mon impression globale et ma synthèse demain : pour l'heure, Morphée m'appelle...








Annuaire Automatique










La Ligue pour la Protection des Oiseaux a pour but "la protection des oiseaux et des écosystèmes dont ils dépendent et, en particulier, la faune et la flore qui y sont associées", et plus globalement la biodiversité.
L'association AIDOFELINS prend en charge les chatons et chats adultes et apprivoise les chatons sauvages en vue d'adoptions, stérilise et tatoue les chats sauvages remis en liberté et prend en charge les chats âgés.
Commentaires