J'irai même jusqu'à dire qu'elle ne fait pas grand chose. Le titre de cette note est repris d'un excellent article du Journal du Management du 19/10/2005.
Pas très enthousiasmant a priori quand on a décidé d'orienter (ou de réorienter) sa carrière sur le sujet. Je fais ce constat depuis plusieurs semaines, après avoir assisté à de multiples colloques sur le sujet et rencontré des responsables du développement durable dans le milieu associatif et de l'entreprise.
Petit état des lieux rapide.
° 10ème entretien écologique du Sénat le 10/10/2005 sur le thème : "ENVIRONNEMENT : DES EXPERTS LEGITIMES POUR UN VRAI DEBAT" :
A la question : "quelle formation les experts en DD doivent-ils avoir ?"
- André Cicolella, président fondateur de la Fondation des Sciences Citoyennes : "une formation à l'analyse des risques" ;
- Michèle Pappalardo, présidente de l'ADEME : "Pas vraiment de formation : il faut apprendre à travailler dans la transversalité, à parler aux autres. Avoir la capacité de comprendre les enjeux du DD, savoir se poser les bonnes questions" ;
- Hervé Naillon, responsable du développement France de l'association O2 : "Pas de formation. C'est un état d'esprit qui doit se retrouver dans tous les métiers".
- Alex Receveau, ancien Président et fondateur d'Orée, Chef d'entreprise : "On est tous en apprentissage. Il n'y a pas d'experts en DD, ne me parlez pas d'experts en DD. Ca n'existe pas. A chaque fois que j'entends ça, ça me fait frémir. Le DD en entreprise, c'est dans les métiers, partout, tout le temps, tous les jours. C'est une façon de voir les choses, un état d'esprit. Toutes les belles formations issues des universités, des grandes écoles, ça ne sert à rien.".
- Geneviève Guicheney, responsable DD à France Télévisions : "Le DD n'est déjà pas facile à gérer dans l'entreprise quand on en est issue. Alors une formation..."
- Daniel Lebègue, président de l'Institut du DD : "Il faudrait déjà que les experts qui ont un rapport avec le DD soient reconnus. Quand on sait qu'aucun expert français du réchauffement climatique n'a été sollicité lors de la canicule de 2003, que peut-on dire ?"
° Allez, je continue avec deux acteurs dans le domaine du DD que j'ai rencontrés cette semaine :
- Françoise Oriol, voir ma note : F.Oriol, de par son activité, est en contact avec quasiment tous les DDD (directions du développement durable) des grands groupes français. Pour le lancement de la MEEDD, qui a reçu quand même un très bon accueil de la part des entreprises, elle m'a dit en être à son 50ème DDD depuis juillet. Elle les connaît donc bien. Et pourtant les contacts sont difficiles : les DDD sont assaillis, débordés, harcelés par les jeunes diplômés qui sortent de toutes ces formations mises sur le marché récemment sur le DD. A tel point que ceux-ci demandent à chaque fois à F.Oriol de surtout ne leur recommander personne !!! Le problème est que ces formations ne répondent à aucun besoin de fond des entreprises. En d'autres termes, les concepteurs de ces formations, dans les écoles et universités, ont plus répondu à une logique mercantile et en réaction à une demande des jeunes plutôt qu'à la prise en compte des besoins des entreprises.
- Claire Boasson, en charge du DD à la Caisse des Dépôts : De par son activité également, C.Boasson a énormément de contacts avec les DDD des grands groupes, à un niveau plus européen que français. Elle est donc à même de se rendre compte que les postes ouverts sont peu nombreux, que les responsables de DD sont issus généralement de l'interne, que la quantité de jeunes formés en études supérieures sur le sujet en comparaison de l'utilité et des besoins réels est "scandaleux". C.Boasson insiste bien sur le fait qu'il n'y a pas de formation dans ce domaine. Le DD est une valeur, un état d'esprit, une attitude, un mode de fonctionnement qui passe par les opérationnels de l'entreprise, il passe par le savoir faire de chacun. Il n'est pas opportun de candidater sur le DD en ce moment, les DDD sont harcelés de demandes, les équipes sont souvent petites dans les entreprises, et le travail rude pour faire avancer les choses. Les entreprises sont plus enclines à intégrer le souci du court et du moyen terme plutôt que du long terme. Le DD est bien un vecteur d'innovation pour l'entreprise, mais le chemin est encore long.
Je terminerai, car j'ai déjà été bien long pour une note de blog, mais le sujet est d'importance, par l'évocation du dernier dossier de Courrier Cadres de cette semaine : "LES METIERS EN OR : les compétences les plus recherchées, les profils que les entreprises s'arrachent".
Ce dossier mentionne parmi ces profils en or, qui ont "la cote auprès des recruteurs", le responsable du développement durable en entreprise. Courrier Cadres fait miroiter que ce poste est appelé à se développer, et qu'il est accessible par les formations adéquates. Je crois que compte tenu de ce que je viens d'exposer, de tous les témoignages du terrain que j'ai pu rassembler, il faut être pragmatique et ne pas sombrer dans un optimisme dangereux. Certes il est indéniable que cette fonction va se développer à la tête des entreprises, mais dans la mesure où le besoin réel des entreprises est de pourvoir ces postes par l'interne, car l'expérience, le savoir faire et la connaissance de l'entreprise prime de toute évidence sur toutes les formations existantes et à venir. Il existe des métiers en rapport avec ce domaine, mais ce sont des expertise en environnement, audit, analyses (stratégiques, des risques ou extra-financières), partenariats, coordination de projets, organisation, mais encore une fois au sein de l'entreprise, et pas spécifiquement labellisé "développement durable".
La tâche des Directeurs du Développement Durable est certes passionnante, mais loin d'être facile aujourd'hui. Ne la compliquons pas.








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